Dossier de mécanisme
Bureaucratie d’État, germanisation et terreur judiciaire
Services des populations, Affaires étrangères et Tribunal du peuple employèrent dossiers, avals et jugements pour permettre déplacements, déportations et répression.
La violence d’État n’exigeait pas que chaque fonctionnaire se tînt sur le lieu où elle était exercée. Listes, initiales, projets transmis et signatures collégiales pouvaient autoriser ou rendre possible la persécution à des étapes distinctes. Les trois profils de ce dossier préservent ces différences au lieu de traiter toutes les formes de participation bureaucratique comme un même acte.
Le bureau VI de Heinz Brückner au sein du Bureau de liaison des Allemands de souche reliait les demandes de listes d’enfants séparés de leurs parents à la germanisation, aux projets de colonisation, aux déplacements et au travail forcé. Les documents qu’il signa et parapha individualisent sa participation administrative, tandis que le jugement du RuSHA définit les mécanismes prouvés et les allégations dépourvues de preuves suffisantes.
Au ministère des Affaires étrangères, Ernst Woermann participa à la circulation de l’assentiment officiel à une déportation précise de Juifs depuis la France. La note portant ses initiales montre comment une déclaration d’« absence d’objection » pouvait apporter l’aval du ministère à une opération de la SS ; elle ne fait pas de lui l’auteur de toute la politique du ministère et ne prouve pas sa connaissance de chaque étape ultérieure de l’extermination.
Le vote et la signature de Hans-Joachim Rehse contribuèrent à des condamnations à mort collégiales au sein de la première chambre du Tribunal du peuple. Sa condamnation, l’annulation de celle-ci et son acquittement lors du nouveau procès mettent en évidence les obstacles juridiques d’après-guerre à la poursuite des juges nazis. Les 231 jugements qu’il signa ne sont présentés ni comme des décisions prises par lui seul ni comme l’étendue d’une condamnation définitive.
La chaîne
- 1politique raciale, démographique, de déportation ou de répression politique
- 2ministère compétent, service de la SS chargé des populations ou juridiction spéciale
- 3liste, note, assentiment officiel, dossier d’une affaire ou projet de jugement
- 4transmission administrative, décision collégiale et autorisation formelle
- 5séparation d’enfants, déplacement, déportation, travail forcé ou exécution
- 6dossier conservé, poursuite d’après-guerre, appel, mesure de clémence ou échec de la mise en cause des responsabilités
Profils liés à ce mécanisme
Cercle V
Heinz Brückner
chef du bureau VI de l’Office principal du Bureau de liaison des Allemands de souche, coresponsable des enlèvements d’enfants, de la germanisation, des déplacements et du travail forcé
condamné à 15 ans d’emprisonnement ; peine réduite à la durée déjà purgée le 31 janvier 1951, puis libéréCercle VI
Hans-Joachim Rehse
juge de la première chambre du Tribunal du peuple qui participa à des condamnations à mort répressives sous la présidence de Roland Freisler
condamnation à cinq ans annulée ; acquitté lors du nouveau procès ; procédure d’appel close après sa mortCercle VI
Ernst Woermann
chef du département politique et sous-secrétaire d’État au ministère des Affaires étrangères qui participa à l’approbation administrative des déportations de Juifs depuis la France
finalement reconnu coupable au titre du chef 5 et condamné à cinq ans ; libéré en 1950Sources de départ
Chaque profil lié présente son propre corpus de sources et ses limites. Les références ci-dessous introduisent le mécanisme dans son ensemble.