Dossier de mécanisme

Occupation militaire et ordres criminels

Comment l’OKW, les états-majors et les autorités d’occupation appliquèrent des ordres criminels : détention, travail forcé, représailles et meurtres de masse.

La chaîne militaire commençait avant même qu’un ordre ne parvienne à une unité sur le terrain. Au sein de l’OKW, les services chargés des opérations, des affaires générales et des questions juridiques rédigeaient, examinaient, signaient et diffusaient des directives qui supprimaient les garanties judiciaires, sélectionnaient des prisonniers en vue de leur transfert à la Police de sûreté et autorisaient le traitement illégal de commandos et de civils. Hermann Reinecke, Walter Warlimont et Rudolf Lehmann occupaient des positions différentes dans ce processus ; leurs profils distinguent la rédaction, la formulation juridique, la signature, la diffusion et la supervision.

Les commandants d’armée et de zones arrière recevaient ensuite des rapports, donnaient des instructions d’exécution et coordonnaient l’administration militaire avec la SS, la police et le SD. Georg-Hans Reinhardt, Karl von Roques et Max von Schenckendorff illustrent différentes formes de responsabilité de commandement : transmission d’ordres, réception de rapports sur des exécutions, coopération avec les organes de sûreté et diffusion de la doctrine dite antipartisane. Aucune de ces fonctions ne fait automatiquement d’un commandant l’exécutant personnel de chaque crime commis par ses subordonnés.

Dans les Balkans, l’occupation associait le commandement militaire à l’administration civile et au pouvoir policier. Wilhelm List délégua le pouvoir exécutif en Serbie et reçut des rapports sur les fusillades de représailles, tandis que l’appareil administratif de Harald Turner reliait les commandements sur le terrain, les organismes collaborationnistes, les camps et la logistique de la mise à mort. Leurs fonctions distinctes doivent être examinées conjointement, sans traiter chaque décision prise par un appareil comme l’acte de l’autre.

Le détachement de cavalerie SS de Franz Magill montre comment une impulsion exterminatrice venue du centre fut traduite, à un échelon opérationnel inférieur, en missions confiées aux escadrons, en coordination avec le SD et en rapport établi après l’opération. Les jugements d’après-guerre rendus contre Magill, List, Reinhardt et des responsables de l’OKW définirent des infractions et des limites probatoires différentes. Le dossier suit donc une chaîne de documents et d’autorité, plutôt qu’il ne classe les auteurs selon le nombre de victimes.

La chaîne

  1. 1objectif politique et directive criminelle
  2. 2rédaction par l’OKW, formulation juridique, signature et diffusion
  3. 3commandement de théâtre d’opérations, d’armée ou de zone arrière
  4. 4coordination avec l’administration d’occupation, la SS, la police et le SD
  5. 5ordre opérationnel, représailles, sélection de prisonniers, travail forcé ou exécution
  6. 6compte rendu opérationnel, procès d’après-guerre et limites définies par le jugement

Profils liés à ce mécanisme

Cercle VI

Wilhelm Keitel

chef du Haut Commandement des forces armées

condamné à Nuremberg et exécuté en 1946

Cercle VI

Alfred Jodl

chef de l’état-major des opérations du Haut Commandement des forces armées

condamné à Nuremberg et exécuté en 1946

Cercle VI

Franz Böhme

général plénipotentiaire commandant en Serbie occupée à l’automne 1941

mis en accusation au procès des Otages, mais mort par suicide en 1947 avant le procès

Cercle VI

Erich von Manstein

maréchal ; commandant de la onzième armée puis de groupes d’armées sur le front de l’Est

condamné par un tribunal militaire britannique en 1949 ; libéré par anticipation en 1953

Cercle VI

Walter von Reichenau

commandant de la sixième armée et auteur de l’ordre criminel dit « ordre sur la conduite des troupes à l’Est »

mort en service actif en janvier 1942 et jamais jugé

Cercle VI

Georg-Hans Reinhardt

commandant du 3e groupe blindé, puis de la 3e armée blindée, et commandant par intérim du groupe d’armées Centre

condamné à 15 ans d’emprisonnement ; libéré en 1952

Cercle VI

Karl von Roques

commandant de la zone arrière du groupe d’armées Sud, puis de celle du groupe d’armées A

condamné à 20 ans d’emprisonnement ; mort en 1949 alors qu’il purgeait sa peine

Cercle VI

Max von Schenckendorff

commandant de la zone arrière du groupe d’armées Centre et organisateur de la conférence sur la lutte contre les partisans à Moguilev

mort en 1943 ; jamais jugé

Cercle V

Franz Magill

commandant d’un détachement monté du 2e régiment de cavalerie SS lors d’exécutions de masse en Polésie

condamné en 1964 à cinq ans de réclusion

Cercle VI

Hermann Reinecke

chef de l’Allgemeines Wehrmachtamt au sein de l’OKW, chargé des directives centrales relatives aux prisonniers de guerre

condamné à la réclusion à perpétuité en 1948 ; libéré avant terme en octobre 1954

Cercle VI

Walter Warlimont

chef du service de la Défense nationale et chef adjoint de l’état-major des opérations de la Wehrmacht au sein de l’OKW

condamné à la réclusion à perpétuité ; peine commuée en 18 ans ; libéré en 1954

Cercle VI

Rudolf Lehmann

chef du service juridique de l’OKW et Generaloberstabsrichter, l’un des architectes du cadre juridique de la terreur en temps de guerre

condamné à sept ans d’emprisonnement ; libéré avant terme en 1950

Cercle VI

Wilhelm List

commandant de la 12e armée et commandant de la Wehrmacht pour le Sud-Est pendant l’occupation de la Yougoslavie et de la Grèce

condamné à la réclusion à perpétuité en 1948 ; libéré avant terme en décembre 1952

Cercle IV

Harald Turner

chef de l’état-major administratif du commandant militaire allemand en Serbie occupée

condamné à mort à Belgrade ; exécuté le 9 mars 1947

Sources de départ

Chaque profil lié présente son propre corpus de sources et ses limites. Les références ci-dessous introduisent le mécanisme dans son ensemble.